Premier séjour
Article - 2 février 2023
Article - 2 février 2023
Le projet de Cartographie de la Folie, de manière générale, cherche à comprendre un paysage dans une démarche principalement anthropologique. En organisant ces ateliers, on cherche à savoir ce que ces lieux disent de nous, en tant que société, en tant que consommateur·ices, en tant que voyageur·euses. On cherche à savoir comment on habite notre terre, comment on s’en occupe, comment on l’entretient, comment on s’y déplace.
Pour analyser l’ « habiter » à la Folie, il y a peu d’options : très peu de personnes habitent là-bas. C’est pourtant un lieu extrêmement complexe, où il se passe énormément de choses, où tout va très vite et où des millions de personnes passent chaque année. Pourtant, c’est un lieu où quasiment personne n’habite. Ce n’est pas un lieu « habité », on pourrait même dire que c’est un paysage qui nie être lieu, qui se construit comme atopie.
Le paysage de la Folie est avant tout un espacement entre deux lieux qu’on rejoint. Une distance qui relie deux points : celui de notre départ – la maison qu’on habite, par exemple – et celui de l’arrivé – le lieu de travail, les ami·es qu’on va voir, le magasin où on achète, etc. La Folie est un lieu générique comme il en existe à d’autres endroits en France et ailleurs : lieu de passage, commercialisation, industrie. Aussi, notre premier rapport, notre première perception de ces lieux est de les voir comme des espaces inhabités, impersonnels. Par l’impossibilité de l’habiter et par la manière dont l’architecture, l’urbanisme, le paysage, le système économique sont planifiés, la Folie est, à priori, un endroit qui organise l’apolitisme. Pourtant, on y trouve quelques espaces de vie où l’on peut se rencontrer, se réunir.
Ce 28 janvier 2023, nous avons décidé de mener notre premier atelier de sociologie en nous concentrant sur les hôtels présents sur la zone, le Class’Hôtel, l’Ibis Styles et l’hôtel MacBed. Au fil les rencontres qui ont été menées durant l’atelier, on a rapidement commencé à cerner l’existence de différents groupes sociaux au sein du paysage. Alors pourquoi occupent-ils temporairement ces lieux ? Comment ? Dans quel but et à travers quel type de mobilité ?
On apprend tout d'abord qu'au Class'Hôtel, séjournent majoritairement des travailleur·euses, des routiers, quelques groupes de sportifs, de personnes en formation. Le groupe d'étude y croise également un groupe de six jeunes personnes, dont une est un mineur isolé. Le gérant qui s'occupe du lieu, originaire de région parisienne, est ici depuis trois ans. Il est très attentif à ses habitant·es et aux allées et venues. Ici il semblerait que chacun·e ait sa place, sauf les « méchants » qui sont selon ses dires, surtout les personnes en état d'ébriété qui dérangent par leurs nuisances sonores. De l'extérieur, l'hôtel a une typologie plutôt générique, car il appartenait avant à une chaîne. Cependant, à l'intérieur il apparaît habité, avec la présence de nombreux éléments de personnalisation dans l'accueil, des drapeaux de différentes régions du monde parmis lesquels les résident·es sont invité·es à apporter le leur.
L'hôtel Macbed a été fondé et est tenu par un couple. Il est géré familialement, c'est à la fois un lieu de vie et de travail. Le groupe ayant mené l'enquête dans cet hôtel s'est présenté en tant que client potentiel et a eu le droit à une longue visite des lieux ainsi qu'à son histoire et plus de détails sur son fonctionnement. Il semblerait qu'ici la manière de s'organiser soit un peu moins normalisée qu'ailleurs. Que ce soit en terme d'accueil ou même des usages du lieu, le gérant a signifié qu'il avait pu utiliser l'hôtel pour des événements personnels et familiaux. Les usagèr·es sont ici plus particulièrement des travailleur·euses et des familles, ce qui n'était pas le cas au Class'Hôtel dont les chambres ne comportaient que deux lits maximum.
Ensuite vient l'Ibis Style, d'une gamme un peu supérieure – trois étoiles – auquel nous n'avons pas pu accéder, car fermé pour cause d'une fréquentation en baisse à cette période de l'année. Le groupe alors sur place s'est tourné vers les commerces et personnes présentes autour de l'hôtel. Notamment un commerce de vin et spiritueux et la Mie Câline, voisins direct de l'hôtel. On a pu apprendre qu'ici séjournent également travailleur·euses mais une des spécificités du lieu est d'accueillir régulièrement des réunions, conférences ou encore des stages de récupération de points de permis. Contrairement à ses homologues, on a pu apprendre que l'hôtel possède également un service de restauration ainsi qu'un piscine extérieure. On suppose que l'hôtel, un peu plus luxueux donc, semble accueillir une catégorie de travailleur·euse un peu plus aisée.
Le lendemain, nous avons restitué notre travail de recherche à la Maison de l'architecture de Poitiers.
Si vous voulez en savoir plus, rendez-vous sur le soundcloud de Club de Bridge pour écouter le podcast de la restitution.